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Auteur : Philgido

Le silence des oiseaux…

Le silence des oiseaux…

Je terminais ce matin « Chemin faisant », un texte de Jacques Lacarrière datant de 1974, dans la version augmentée de « La mémoire des routes » en 1997. Mon goût réaffirmé de ces derniers jours pour la marche à pied m’a fait acheter ce livre, pour 1€, à la vente annuelle de la bibliothèque locale où s’écoulent les livres qui ne sortent pas, ou plus. Je connaissais l’homme par sa réputation d’helléniste et de poète mais son ouvrage sur cette traversée de la France ne me disait rien. L’euro symbolique peut-être m’encourageait à le prendre, me disant qu’ainsi n’en lire que quelques pages ne serrait pas bien grave. Bien d’autres livres acquis au prix fort subissent la même désaffection rapide.

Bien m’en a pris. En effet, c’est un livre délicieux. Délicieux comme on le dit d’un bon moment passé autour d’une table avec des amis, ou d’une séjour faisant découvrir un lieu nouveau dont le souvenir ne s’effacera pas. Le récit de cette errance assumée et recherchée, revendiquant le hasard du chemin choisit menant à toutes ces rencontres, est un bonheur.

Mais, une chose pourtant me dérange et va jusqu’à me faire peur. Rien du livre lui-même ou de son écriture, ces deux-là étant d’une belle humanité. Ce qui me fait peur, c’est que rien n’a changé sur certains points. Depuis 1974 !! L’accueil des gens, même si le sud est un peu plus chaleureux que le nord, est toujours craintif. Le passant n’est pas vraiment le bienvenu. Déjà les cafés-bistrots n’étaient pas reluisants, et de tous ceux évoqués, il ne doit pas en rester beaucoup d’actifs aujourd’hui car la désertification a continué son avancée.

Le plus grave est ailleurs. A la fin des années 70, Jacques Lacarrière évoque le silence, l’absence de piaillement des oiseaux. Il n’en entend pas, il n’en voit pas, si ce n’est les buses avec leur cri strident au dessus de sa tête. J’avais noté pour mes prochains textes autour de mes propres promenades d’évoquer ce silence, me disant que les randonneurs des décennies passées devaient avoir bien de la chance de voyager parmi les chants et les cris. Quelle déception de savoir qu’il y a plus de 40 ans le même constat était fait.

Pourquoi je marche…

Pourquoi je marche…

Je me suis mis à la marche à pied de manière intensive depuis quelques semaines. Ainsi qu’à la pratique du vélo d’appartement , autre activité physique, de façon toute aussi constante pour les jours sans marche. Ça fait un bien fou,et ça c’est fait tout naturellement, sans qu’aucune bonne résolution n’en soit la cause. Plutôt une sorte de prise de conscience, après qu’un médecin cardiologue m’ait traité très désagréablement, avec un discours que j’ai entendu ainsi :

– »Dis donc, mon gros, je me demande pourquoi on t’a envoyé chez moi, parce que ton petit truc à l’aorte c’est pas grand-chose, et tu ferais mieux de te bouger un peu le cul et bouffer moi salé et tout ira bien. T’as qu’à faire un peu d’activité, mais faut y aller un peu, hein, pas de la promenade de grand-père, faut transpirer un minimum et monter dans les tours !! Ça fait 50 € et passe prendre ton courrier au secrétariat »

Tiens, prends ça dans la tronche, mon gars, que je me suis dis en sortant.

Il a donc été très désagréable, hautain et dédaigneux et j’étais comme un mioche à la visite médicale chez qui on diagnostique un petit retard de développement ou un début d’obésité. Mais… mais il avait raison, le bonhomme. S’il avait eu un message plus aimable, pas compatissant mais pédagogique, m’expliquant calmement la « situation » et m’encourageant à démarrer une activité nécessaire, vraiment nécessaire, cela aurait-il eu le même effet ? Hum, pas sûr … donc, merci vilain cardiologue. J’irai pas te revoir pour mon aorte, mais tu auras été un bon déclencheur et m’auras pousser vers une démarche salvatrice.

Tout a commencé mi-août dernier lorsqu’un matin je me suis levé avec une douleur à un genoux. Souvent celle-ci disparaît après quelques pas, ou quelques minutes. Pas cette fois, et je traînais la patte un peu piteusement et donc une quinzaine de jours plus tard, je me décidais d’aller consulter mon généraliste. Mais avant ce rendez-vous, un autre incident médicale advenait, bien plus spectaculaire. Au réveil du 3 septembre, m’asseyant pour sortir du lit, je retombais sujet à un vertige complet, conscient mais pas maître de mes mouvements, parfaitement étourdi avec une chambre qui tournait comme un manège autour de moi… je vous la fais courte, pim-pom pim-pom, SAMU, urgences, matinée en salle de surveillance… pouls à 52, tension aux fraises mais à midi, tout est rentré dans l’ordre sans qu’on sache ce qui s’est passé, et je sorts. J’avais donc bien des choses à raconter à mon médecin, en plus de mon genoux.

Vous imaginez la flopée d’examens qui suivaient. Radios, scanners, IRM et Doppler de la tête aux genoux… qui ne mirent rien d’autre en évidence qu’une petite circonférence un peu trop importante de l’aorte sortant du cœur, rien de grave mais dont il faut surveiller l’évolution, et qui nécessite la consultation d’un cardiologue qui fera un examen spécifique plus fin. Retour au début de l’histoire…

Le genoux se répare tout seul, c’est peut-être un peu d’arthrose, mais c’est pas sûr. La tête va bien, on trouve rien, alors surveillons la tension et restons calme pendant quelques temps. La fin d’année se passe ainsi en examens et points avec le généraliste, car si un examen ne donne rien, on en fait un autre pour chercher ailleurs, d’un autre point de vue en quelque sorte, et ça prend des semaines, mais au bout du compte, rien de grave. Je commence à faire un peu de vélo d’appartement, légèrement.

C’est bientôt Noël, les enfants viennent, tout va bien… et puis le lendemain 26 décembre, peu à peu en quelques heures, mon œil gauche s’éteint progressivement. Panique à bord , on file aux urgences, diagnostique immédiat d’une décollement de la rétine, intervention au plus vite faite 48 heures plus tard…par un jeune chirurgien italien qui court partout mais garde ma carte de vœux précieusement dans la poche de sa blouse.

L’année nouvelle est donc entamée sans que le temps des bonnes résolutions n’ait seulement eu le temps d’affleurer mon esprit, pris dans la tourmente du rythme effréné des gouttes à mettre dans l’œil pour les traitements post-opératoires. 15 fois par jour la première semaine. Tout est rentré dans l’ordre après un mois et demie de vue d’un seul œil, le temps que le gaz injecté se dissipe.

Voilà, c’est maintenant octobre et, accessoirement j’ai eu 60 ans en mars dernier. L’évocation de cet âge, et donc l’entrée dans la période « 60 – 80 », ainsi nommée froidement par un ami, aurait dû être en soi une prise de conscience, mais tous ces examens sont tombés à point nommé pour une sorte de révision générale. Un contrôle technique qui, sans toutes ces péripéties n’aurait sans doute, certainement d’ailleurs, jamais été fait.

Ainsi il est donc question du temps qui passe, et plus précisément surtout, de celui qui reste.

L’an passé à pareille époque, je me traînais un peu lamentablement avec un mal de genou qui m’empêchait vraiment de marcher. Je veux dire marcher pour randonner, car pour les déambulations quotidiennes et «utilitaires » je m’en sortais, mais faire les courses n’était pas vraiment une partie de plaisir. Aujourd’hui je savoure donc ce plaisir de la marche à pied. Déambuler sur les chemins, divaguer sur les sentiers, errer le long des routes, le nez au vent, l’allure légère et respirer tout en se sentant alerte. Définition du Robert éd.1981: ALERTE 2°( Fin XVIIe ) Vif et leste (malgré l’age, l’embonpoint, etc) «  Un petit vieux, frétillant, sec, alerte et gai «  (DAUD .). Je ne pouvais choisir meilleur qualificatif !!

Et ce goût pour la randonnée m’a fait découvrir bien des lieux, m’a également ouvert un peu plus l’esprit. C’est de cela dont je veux vous parler, dans les prochains jours. Je mettrai, avec des photographies, quelques considérations qui me passent par la tête lors de ces sorties sur mon blog, l’alimentant ainsi, enfin, plus régulièrement.

Atelier d’écriture François Bon Eté 2017

Atelier d’écriture François Bon Eté 2017

1 – Il était bossu, avec la lèvre inférieure un peu épaisse et tombante. Les tâches les plus ingrates et salissantes lui étaient dévolues. Il faisait un peu peur, mais il était gentil.

2 – Il habitait à Courbevoie et pour venir chaque jour à Sannois, il changeait à Argenteuil. Son vieux costume noir était lisse d’usure et plein de l’odeur des Gauloises qu’il fumait en crachant des morceaux de tabac et en soufflant la fumée entre ses dents manquantes, tout en secouant la tête.Il préparait ses CM2 à un avenir radieux.

3 – Il portait beau, son alcoolisme ne pouvait pourtant s’ignorer à la vue son visage. Son grand bureau était l’antre redoutée d’où les décisions se prenaient, pour les élèves, le personnel, les parents, tous au même rang pour lui. Il me corrigea une fois en me frottant les oreilles, sans doute pour une broutille.

4 – Elle était ronde et pimpante, toujours bien mise, souriante et commerçante. La cuisine et la buanderie étaient ses domaines. Elle donnait des cours de piano sur celui qui était au centre de la verrière dans le réfectoire.

5 – Elle devait venir d’une province lointaine et rustique. Petite comme une souris, un peu trop noire, elle restait silencieuse en exécutant épluchages et lavages. J’avais dans la tête la bande-son des films du dimanche soir qu’elle regardait sur sa télé crachoteuse, mon lit jouxtant le mur de sa chambre.

6 – Il avait un bouc bien taillé autour de sa grande bouche avec ses grandes dents. Aux commissures des lèvres une sorte de petit dépôt blanc. Il avait créé une chorale pour la fête de l’école, et sa fiancée s’appelait Anne.

7 – Son neveu était dans sa classe, et c’était pas bien pour lui; tête de Turc. Elle avait les cheveux longs et il fallait lui dire du Mademoiselle. Quand on avait mal à la tête, elle apposait ses mains sur notre front et prenait le mal.

8 – Il habitait un petit appartement donnant sur un bout de cour, à l’écart. Il devait être assez jeune. Il faisait la confession de temps en temps… rien de plus.

9 – Sa chambre communiquait avec le grand dortoir. Elle était jolie, en fait elle était très belle et j’étais un enfant. Elle m’a donné une statuette en bois, un Lapon sur des skis se poussant d’un bâton, je l’ai encore.

10 – Par dessus le grand mur je lui lançais des petites mots doux mis dans une boite de cachous. Je me souviens du nom que je lui donnais. Mais les boites ne tombaient pas toujours entre de bonnes mains.

11 – En allant chercher le pain, je passais devant la boutique de ses parents . C’était la fille du pharmacien. Nous nous prenions la main, une seule fois, lors d’une sortie au cinéma où l’on projetait « Violettes impériales ».

L’air nu – 36 secondes

L’air nu – 36 secondes

C’est un site sur lequel on peut trouver de courtes lectures de gens bien intéressants.

C’est fait par Anne Savelli, entre autres, dont vous trouverez l’activité sur sa page facebook.

http://www.lairnu.net/36-secondes

Voici pour exemple l’excellente Françoise Héritier.

Il faut double-cliquer pour lancer la minute trente d’écoute ..je crois. J’espère que ça marche !!

Atelier d’écriture à la Bibliothèque de Chateauneuf-de-Gadagne

Atelier d’écriture à la Bibliothèque de Chateauneuf-de-Gadagne

Début mars, j’ai participé à mon premier atelier d’écriture « en vrai », je veux dire avec des vrais gens, donc une tout autre chose que celui auquel je participe chez François Bon.

Nous étions 14, et un seul bonhomme… moi. Mon arrivée suscita d’ailleurs un certain enthousiasme car il semble que les mecs se fassent rares sur cette activité.

Bon, je vous mets ce qui est sorti, et j’ai vraiment trouvé ça bien intéressant, vivant, à la fois sérieux et décontracté. J’étais, il me semble, le seul néophyte du groupe.

Exercice 1

« La fantaisie est un éternel printemps » Il s’agit simplement d’établir une liste de mots autour du printemps. Évidement, j’ai débordé complètement, avec des groupes de mots et des phrases. Mais ensuite, j’ai été très obéissant et j’ai très scrupuleusement suivi la règle. Voici :

Au sortir de l’hiver

Il s’agira de tailler

De gratter la terre

de « désemmitoufler »

De libérer, d’ouvrir

Le printemps, c’est le retour du jaune 1

Le retour de la lumière

Le jardin public est ouvert

Une pie sautille 2 sur les petites fleurs blanches

Les murs blanchissent à la clarté nouvelle 3

C’est blanc, là-haut, sur le Ventoux

Ouvrir la fenêtre, que le frais d’un air ces balaye les poussières du foyer

Enfin sortir 4

Exercice 2

A partir d’une image choisie parmi des magazines (j’ai trouvé celles de ce photographe Anglais dans un grand magasin pour grossistes) il fallait établir une seconde liste de mots, en y associant tout d’abord l’émotion première éprouvée.

Ce fut pour moi stupeur et profusion.

Et les mots :

Empilement, alignement, amoncellement, surplus, trop plein, inutile, multicolore, jaune, petit bureau pour grosses affaires, container, douanes, expansion, exportation, oiseau mécanique , lumière crue, néons, carrelage, propreté, dormir, silence, hélium, gonflé, ballons indicateurs d’anniversaire collés au plafond, distributeur d’eau, enfin sortir

Puis, il fallait, si ma mémoire est bonne, associer 4 mots de la première liste dans cette seconde :

Empilement, alignement, amoncellement, surplus, trop plein, inutile, multicolore, jaune retour du jaune 1, petit bureau pour grosses affaires, container, douanes, expansion, exportation, oiseau mécanique Une pie sautille 2, lumière crue, néons, carrelage, propreté Les murs blanchissent à la clarté nouvelle 3, dormir, silence, hélium, gonflé, ballons indicateurs d’anniversaire collés au plafond, distributeur d’eau, enfin sortir Enfin sortir 4

Exercice 3

Écrire un texte décrivant la ou les photos choisies avec les mots de l’exercice 2 dans l’ordre précis de leur apparition dans la liste. (20 minutes). Voici je que j’en ai fait :

La Stupeur.

C’est bien le sentiment que me submergeait devant la profusion d’objets, l’alignement et l’empilement de trucs et de machins, cet amoncellement de surplus, comme un trop plein d’inutile. Bien que tout autour c’était multicolore, la dominante était le jaune, et si j’avais eu un titre à donner à cette image j’aurai opté pour « Retour du Jaune »

Au fond de chaque cellule, il y a un petit bureau à partir duquel sont traitées de grosses affaires, sont réservés des containers et redigés des documents de douane pour l’expansion du commerce, les exportations.

Comme « une pie sautille » un oiseau mécanique se déplaçait sous la lumière crue des néons, sur l’impeccable carrelage d’une propreté toute industrielle et « les murs blanchis à la clarté nouvelle », le jouet stoppa son mouvement , il se mit à dormir et fit silence.

Un employé en savates, avec de l’hélium s’activait sur des ballons qui, une fois gonflés, seront des ballons indicateurs collés au plafond.

J’ai chaud, tout à coup, la stupeur enfle, j’ai chaud, j’ai soif. Ah, voici un distributeur d’eau ! Je n’en peux plus, « enfin sortir ».

Exercice 4

De ses textes, chacun des 14 participants sortait une phrase que tous devaient bien notée. Les voici :

Ombrelle et parapluie

Comme une coquetterie dans l’œil

Les documents de douane

Claire, qui ne s’appelle pas Yvonne Printemps

Ni orage ni ondée

Leur solitude nous interroge

Libérer ses substrats

La fleur noire

La caresse du papier

Faut pas ? … faux pas !

Une naissance adulte

Des heures perlées

Chic, il pleut !

Respire à petits coups.

Pour terminer, encore pour une vingtaine de minutes, faire un texte avec ses 14 phrases, voici :

Chic, il pleut !! J’avais tout un stock d’ombrelles et de parapluies, qui nécessitait que je fasse, lors de ces heurs perlées, tout un tas de documents de douanes pour des pays qui pourtant ne connaissaient ni orage ni ondée. Pourtant, il la faut bien, cette pluie, pour la fleur noire, pour qu’elle libère ses substrats, comme une naissance adulte. Je devais sortir après ce travail administratif qui n’était pas comparable à la caresse du papier, et des gouttes me tombaient sur le front mettant sur mon visage une grimace comme un coquetterie dans l’œil. Je devais sortir, donc, pour rejoindre Claire, qui ne s’appelle pas Yvonne Printemps, et avec cette excitation voilà que je respire à petits coups. Suis-je en train de tomber amoureux ? Faut pas ? Non, ce n’est pas un faux pas !!

 

Atelier d’écriture Hiver 2016/2017 Numéro 5 : Escaliers

Atelier d’écriture Hiver 2016/2017 Numéro 5 : Escaliers

Voici mon texte pour les Ateliers d’écriture de François Bon; le n° 5.

Pour les plus curieux, voici la règle pour celui-ci. http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4391

Le petit escalier de la cave avec ses marches en bois, bien usées par tant de passages, celles du bas où restaient déposés quelques graviers du sol ramassés par les chaussures qui finissaient par rayer le plan, qui se remontait péniblement lorsque j’étais chargé de boites de conserves pour la boutique lors de cette courte mais rude accession pour quitter le sombre et revenir vers le jour non sans avoir, d’un mouvement vif du bas du dos ouvert la porte, laissée tout exprès non crochetée, sachant qu’il n’était pas question de poser ma charge pour justement l’ouvrir. Lorsque j’étais enfant, bien que de tout temps depuis on m’ait affirmé que j’étais un gamin des plus sages, obéissant, pas embêtant ni exigeant, une bonne pâte en somme, je passais quelques heures en punition assis sur les marches du haut du petit escalier de la cave, sans doute comme d’autres étaient enfermés dans le placard à balais, au moins là j’avais de l’espace si d’aventure j’étais descendu arpenter le réduit entre les caisses empilées remplies des réserves commerçantes, mais le courage me manquait car haut comme trois pommes et gonflé de seulement quelques années, en plus d’être chétif j’étais aussi bien froussard, et restais donc assis sur la marche la plus haute attendant la délivrance. Je devais sans doute chougner un peu, trembler d’une frayeur alimentée par mes propres peurs qui ne me faisaient, en plein jour, ne pas aller bien plus loin que la zone faiblement éclairée par le soupirail, ancien passage pour les pelletées de charbon. Elle était froide, cette marche haute, pour mes fesses enfantines et je ne me souviens d’aucune des raisons qui me valurent ses séjours, sans doute assez courts. Elles sont froides, les dernières marches lorsque les portes restent fermées, celles sur lesquelles pourtant l’on a frappé en vain, et qu’il faut redescendre, vaincu par l’absence et son silence. Le petit escalier de la cave, avec ses marches en bois, pas plus d’une douzaine tant le local était tassé,et qui tournait en son milieu à angle droit, est resté dans ma mémoire comme un marqueur définitif de l’humidité, du renfermé, et il aura fallu bien du temps pour qu’en fait j’en sorte pour de bon, délivré de mes angoisses nées peut-être d’avoir fréquenté ce sous-sol, tel un enfer enfantin.

 

 

Atelier d’écriture… dans le quartier.

Atelier d’écriture… dans le quartier.

Aujourd’hui, j’ai participé à un atelier d’écriture organisé à la bibliothèque du village voisin. C’était pour moi une première, je veux dire avec des « vrais » gens. Je vous donnerai la teneur du truc plus en détail, mais voici quelques images sur lesquelles je me suis appuyé … à suivre.

Etre perdu …

Etre perdu …

En fait, s’engager, désormais, d’un bord ou l’autre, soutenir tel ou tel, donner son soutien à l’un ou l’autre, ça veut rien dire, puisque dés le soir il s’agit de reprendre ce qu’on donnait le matin, ou la veille. C’est comme ça que ça marche, ou alors je ne comprends rien? Bien… dites moi que je ne comprends rien, puisque je suis perdu. Merci

Rainer Maria Rilke

Rainer Maria Rilke

Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas ( c’était une joie faite pour un autre ), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.

Rainer Maria Rilke (1875-1926) – Les Cahiers de Malte Laurids Brigge (1910)

 

Pommes pannées, pommes sautées …

Pommes pannées, pommes sautées …

Je vous souhaite la pureté et la fraîcheur.

La pureté de l’eau claire, de l’eau vive, celle qui courre dans les ruisseaux, donc celle des chansons, des beaux débits d’eau. La fraîcheur pour l’été, et le broc adéquate pour attraper ce dont vous avez besoin. Quelques amis avec qui faire des ronds dans l’eau, et les vôtres pour quelques conversations autour de la margelle. Je vous souhaite que le monde sorte la tête hors de l’eau de temps à autre, et qu’il vous éclabousse de sa joie, et si possible de son humanité. Je vous souhaite un petit oiseau, un petit poisson, je vous souhaite d’associer les impossibles et je vous offre ma fontaine pour y plonger votre sceau.

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