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Atelier d’écriture François Bon Eté 2017

Atelier d’écriture François Bon Eté 2017

1 – Il était bossu, avec la lèvre inférieure un peu épaisse et tombante. Les tâches les plus ingrates et salissantes lui étaient dévolues. Il faisait un peu peur, mais il était gentil.

2 – Il habitait à Courbevoie et pour venir chaque jour à Sannois, il changeait à Argenteuil. Son vieux costume noir était lisse d’usure et plein de l’odeur des Gauloises qu’il fumait en crachant des morceaux de tabac et en soufflant la fumée entre ses dents manquantes, tout en secouant la tête.Il préparait ses CM2 à un avenir radieux.

3 – Il portait beau, son alcoolisme ne pouvait pourtant s’ignorer à la vue son visage. Son grand bureau était l’antre redoutée d’où les décisions se prenaient, pour les élèves, le personnel, les parents, tous au même rang pour lui. Il me corrigea une fois en me frottant les oreilles, sans doute pour une broutille.

4 – Elle était ronde et pimpante, toujours bien mise, souriante et commerçante. La cuisine et la buanderie étaient ses domaines. Elle donnait des cours de piano sur celui qui était au centre de la verrière dans le réfectoire.

5 – Elle devait venir d’une province lointaine et rustique. Petite comme une souris, un peu trop noire, elle restait silencieuse en exécutant épluchages et lavages. J’avais dans la tête la bande-son des films du dimanche soir qu’elle regardait sur sa télé crachoteuse, mon lit jouxtant le mur de sa chambre.

6 – Il avait un bouc bien taillé autour de sa grande bouche avec ses grandes dents. Aux commissures des lèvres une sorte de petit dépôt blanc. Il avait créé une chorale pour la fête de l’école, et sa fiancée s’appelait Anne.

7 – Son neveu était dans sa classe, et c’était pas bien pour lui; tête de Turc. Elle avait les cheveux longs et il fallait lui dire du Mademoiselle. Quand on avait mal à la tête, elle apposait ses mains sur notre front et prenait le mal.

8 – Il habitait un petit appartement donnant sur un bout de cour, à l’écart. Il devait être assez jeune. Il faisait la confession de temps en temps… rien de plus.

9 – Sa chambre communiquait avec le grand dortoir. Elle était jolie, en fait elle était très belle et j’étais un enfant. Elle m’a donné une statuette en bois, un Lapon sur des skis se poussant d’un bâton, je l’ai encore.

10 – Par dessus le grand mur je lui lançais des petites mots doux mis dans une boite de cachous. Je me souviens du nom que je lui donnais. Mais les boites ne tombaient pas toujours entre de bonnes mains.

11 – En allant chercher le pain, je passais devant la boutique de ses parents . C’était la fille du pharmacien. Nous nous prenions la main, une seule fois, lors d’une sortie au cinéma où l’on projetait « Violettes impériales ».

Atelier d’écriture… dans le quartier.

Atelier d’écriture… dans le quartier.

Aujourd’hui, j’ai participé à un atelier d’écriture organisé à la bibliothèque du village voisin. C’était pour moi une première, je veux dire avec des « vrais » gens. Je vous donnerai la teneur du truc plus en détail, mais voici quelques images sur lesquelles je me suis appuyé … à suivre.

Pour un réveil studieux, mais tellement éclairé…. Michel SERRES au petit déjeuner.

Pour un réveil studieux, mais tellement éclairé…. Michel SERRES au petit déjeuner.

Pour certains d’entre vous, vous n’êtes pas sans connaitre mon admiration pour ce que raconte cet homme. J’ai lu plusieurs de ses livres (les moins ardus), nombre d’articles, mais aussi visionné bien des conférences, entretiens  et documentaires à son sujet.

Il a du savoir, mais aussi une vraie qualité de raconteur d’histoires. Même si son sourire disparaît dès que la fin de son intervention….

Là, c’est un voyage dans l’espace et le temps, une histoire de l’homme en 48 minutes qui vous laissera à la croisée des chemins.

Ils est tout juste 9 heure passé, la journée a bien débuté.

https://webtv.univ-rouen.fr/permalink/v12515a454eae9ncwlrk/

N B : ça date de 2006, mais plus ou moins 10 ans, au regard de l’histoire de l’homme, c’est pas bézef!

Les jours d’après….

Les jours d’après….

C’est dimanche, le 15 Novembre. Déjà deux jours bientôt auront passé. Je disais sur un réseau social que j’étais affecté, sans trop savoir pourquoi, de tant de violence, de toute cette ignorance. J’essaie de penser dans mon coin, voyez comme c’est prétentieux.

PARIS –

Où fait-il bon même au cœur de l’orage
Où fait-il clair même au cœur de la nuit
L’air est alcool et le malheur courage
Carreaux cassés l’espoir encore y luit
Et les chansons montent des murs détruits

Jamais éteint renaissant de la braise
Perpétuel brûlot de la patrie
Du Point-du-Jour jusqu’au Père-Lachaise
Ce doux rosier au mois d’août refleuri
Gens de partout c’est le sang de Paris

Rien n’a l’éclat de Paris dans la poudre
Rien n’est si pur que son front d’insurgé
Rien n’est si fort ni le feu ni la foudre
Que mon Paris défiant les dangers
Rien n’est si beau que ce Paris que j’ai

Rien ne m’a fait jamais battre le coeur
Rien ne m’a fait ainsi rire et pleurer
Comme ce cri de mon peuple vainqueur
Rien n’est si grand qu’un linceul déchiré
Paris Paris soi-même libéré

Louis Aragon

Ce poème date d’Août 1944.

Lorsque l’enfant parait…

Lorsque l’enfant parait…

Un enfant qui arrive, c’est un bonheur.

Il est un jeune couple de ma connaissance qui voit arriver son premier enfant, une petite fille. Je me souviens de la venue de ma première fille, puis de la seconde. Ce fut chaque fois une émotion à nulle autre pareille.

Voici que j’envoie un petit mot, sans oublier d’y ajouter ce  célèbre poème de Victor Hugo. Tellement célèbre qu’on en connait que la première strophe et qu’on ne lit jamais le reste. C’est un tort, et l’occasion est trop belle de vous rafraîchir la mémoire.

Lorsque l’enfant paraît

Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris.
Son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux,
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,
Innocent et joyeux.

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François Bon

François Bon

J’ai repris plus intensément la marche à pied, depuis une quinzaine de jours, après notre petit périple Haut Alpin, ma fille et moi. Le goût de cet effort est revenu, avec un besoin quotidien et il me faut y résister parfois car j’ai, quand même, « des choses à faire ». Deux grosses heures, en général, au départ de la maison, pour une large boucle. Les chemins à travers les vignes en constituent le décor le plus commun, et je ne m’en lasse pas. Pourtant, hier avant de partir, en prenant mon téléphone, d’un coup, j’ai réalisé que ces appareils permettent d’emmener avec soi musiques et sons, et j’ai vite chercher dans mes « archives » de quoi m’accompagner. J’ai pris cette émission de Francesca Isidori…. Quel plaisir d’ainsi marcher en compagnie de cet auteur, ce grand balaise à la voix si tendre dont l’agacement autour de quelques questions ne se fait sentir qu’en toute délicatesse. C’est la saison, mais il n’y a plus de vendanges. Mais je ramasse tonnes de sensations et de réflexions à cette écoute.

 

http://www.franceculture.fr/emission-les-nuits-de-france-culture-14-15-affinites-electives-francois-bon-2015-01-24

C’est l’automne …

C’est l’automne …

Plutôt que l’éternel rendez-vous des escargots partant à l’enterrement d’une feuille morte, pour ce jour d’automne, un tout petit texte ciselé comme il savait si bien le faire, le père Jacquot.

« Les arbres parlent arbre
comme les enfants parlent enfant

Quand un enfant de femme et d’homme
adresse la parole à un arbre
l’arbre répond
l’enfant entend
Plus tard l’enfant
parle arboriculture
avec ses maîtres et ses parents
Il n’entend plus la voix des arbres
il n’entend plus leur chanson dans le vent »

Jacques Prévert, Histoires, 1946.

Glenn Gould

Glenn Gould

Comment vous dire ma passion pour cet homme, sans en être non plus un spécialiste. Voyez cette photo…. son port, sa posture, la pointe de pied ainsi posée, ses mains et ses cheveux.

glen gould

Et puis sa chaise, la même depuis l’enfance car elle a été fabriquée par son père.

gould chaise2

Voilà en quoi cet homme me fascine… je ne joue pas de piano, et lorsque je vois un artiste bien droit et se tenant comme il faut, ça me semble déjà bien difficile de pouvoir proposer des sons qui soient de la musique. Alors, lui et sa chaise, dans cette position repliée, jambes croisées et menton sur les touches,  comment faisait-il pour donner cette musique avec tant de délicatesse et de profondeur.

Gould assisGOULD chaise

Albert Camus

Albert Camus

En conclusion d’une des ses interventions lors des cours « Contre histoire de la philosophie », de son université de Caen, Michel Onfray citait une phrase de Camus, dont il est un ardent défenseur.

« Un homme, ça s’empêche »

Je vous la laisse à votre réflexion.