Trois d’un coup…

Trois d’un coup…

Voici les trois derniers épisodes des ateliers d’été de François Bon.

Proposition 6 : Noms propres

Presqu’en face, mais déjà depuis bien avant ce moment du déménagement, dans un passé devenu tellement lointain que pour bon nombre de ces commerces déjà ils étaient devenus maisons d’habitation, était un salon de coiffure. On ne sait plus quel était le nom de l’artisan, mais son prédécesseur s’appelait Monsieur Rossignol, nom bucolique s’il en est pur un salon dans la rue des Bleuets. Contemporaine de ce prédécesseur, à côté dans l’autre rue, était l’épicerie de madame Chagot, qui restait fidèle cliente de la boucherie bien après la fermeture de son estencot. Alentour dans les rues voisines, tout un tas de commerces animaient chacune d’elles. Le bistrot de « Chez Tadè », la mercerie de « Chez Viviane », la marchande de journaux de l’angle de la rue des Courlis, dont j’ai oublié le nom, et la boulangerie des Winter, amis des parents au point qu’ils ont partagé quelques jours de vacances à bamboche matin midi et soir à coup de casse-croûtes solides entre déjeuners et diners plantureux. L’époque voulait qu’il fallait montrer à table qu’on ne regardait pas à la dépense, mais en partageant de bons moments dans tous les « Hôtel du Cheval Blanc », les « Auberge du Bord de l’Eau », les « Restaurant de l’Écu », sans oublier les « Café de la Poste » ou « Relais du Commerce » toujours sur la route pour le verre de rafraîchissement ou le café supplémentaire de la matinée. Seule la pharmacie de la rue de la Marjolaine, tenue par la famille Pariètti, et le bar-tabac de l’angle avec la rue des Lilas persistent aujourd’hui. D’autres artisans du bâtiment, plombiers, maçons ou électriciens avaient transformé cours et garages en ateliers et réserves. Joyeuse période du petit commerce, au cœur des trente glorieuses. Se savaient-ils dans cette opulence à jamais perdue, comme leurs noms, sortis des mémoires des habitants d’aujourd’hui.

Proposition 7 : Lieu perdu

L’un de ces commerces, le bistrot de « Chez Tadet », était devenu une sorte d’énigme car à chaque fois que je devais y aller, pour porter une commande, je me trompais de chemin. Alors tombé dans une rue différente de ma destination prévue, me revenait en tête la fois précédente et encore d’avoir louper la rue dans laquelle je devais tourner. Qu’est-ce qui pouvait ainsi, systématiquement, m’empêcher d’atteindre mon but directement ? Une sorte de confusion permanente devait embrumer mon esprit pour chacune de mes livraisons.

Proposition 8 : Il pleut

Ça faisait du bruit sur la marquise, du bruit sur les vélux et sur les tuiles. Dans la boutique ce cliquetis indiquait tout de suite l’averse, et les clients se précipitaient au sortir de leurs voitures.

Souvent Madame était déposée devant le magasin pendant que Monsieur allait un peu plus loin pour se garer ou même faisait le tour du pâté de maisons afin de la reprendre à sa sortie. Une sorte de petit bordel de circulation advenait alors car souvent les véhicules mal stationnés gênaient la fluidité du trafic. La clientèle pédestre, quant à elle, alimentait le service « Objets trouvés » du commerce. Bien souvent, entre les conversations de la clientèle, les emplettes agrémentées des conseils de cuisson, des parapluies étaient oubliés dans la boite prévue pour les recueillir pendant les courses. Le soleil parfois revenu pendant ce temps faisait oublier l’ondée et le parapluie avec lequel on arrivait. Il fallait alors bien noter qui était venu pour le restituer ensuite, mais certains ont fini dans le patrimoine familial, après un an et un jour !

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