André Markowicz

André Markowicz

Il s’agit là-dessous d’un texte d’André Markowicz. Il est écrivain, traducteur, poète et…chroniqueur sur sa page Facebook.

J’ai un compte Facebook, et j’ai parfois un peu de mal à expliquer, au fond, ce qui me tient à cet outil. J’y trouve d’une certaine manière un peu ce que j’y cherche, et c’est pas mal, car souvent, sur la toile, je ne trouve pas ce que je cherche. Ce texte d’André Markowicz montre bien ce qu’on peut y faire, ce qu’on peut y laisser, et c’est ouvert à tous les vents. Les commentaires qui font suite à ses articles ne sont pas remplis de toutes les absurdités et bêtises vues ailleurs.

Pourtant, j’ai voulu faire un blog, bien modestement, pour ma part. un réflexe de propriétaire, sans doute.

Je vous laisse avec ce texte, dites moi, évidement, ce que vous en pensez, si ça vous chante. (Et le lien pour aller sur le site si vous êtes adepte du réseau social)

https://www.facebook.com/andre.markowicz/posts/1731303207081984

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De mon lieu sans lieu

Je suis arrivé à ma 600ème chronique — publication, post, statut, je ne sais toujours pas comment appeler ça — sur Facebook. Mais, depuis juin 2013, réellement, ça a fait une suite ininterrompue, tous les deux jours au maximum (et souvent tous les jours et demi). C’est-à-dire que, depuis juin 2013, ça a pris toute la place dans ma vie. Pas toute-toute la place, mais — toute la place. Et ce n’est pas une histoire de temps, ou d’énergie nécessaire, ou de concentration, c’est une histoire de lieu.

On me demande d’écrire des articles, — moi, d’abord, je ne sais pas, je n’écris pas comme ça, mais, surtout, c’est autre chose ; je me demande si ça pourrait trouver sa place ici, et, si c’est possible, je veux bien essayer — et l’article, du coup, change de genre. Parce que c’est devenu mon lieu unique. Si ça n’entre pas dans le cadre d’une chronique possible, c’est comme si je me sentais exilé, ou inutile, comme si tout le reste était anecdotique.

Parce que ce non-lieu est devenu mon lieu. C’est un non-lieu évidemment — un lieu de conversation et d’anecdotes, de rien du tout, de mon chat en vacances, et de la réaction à l’instant. Pas plus idiot que la vie en général — et c’est pour ça que je l’aime, ce lieu-là. Parce qu’il est comme la vie, — juste normal. Et que, donc, on peut y être normal. Normal, parce que, pour un écrivain, c’est normal d’écrire, et de partager ce qu’il fait, — et, pour moi, de le partager sur le ton qui est celui-ci, c’est-à-dire d’une conversation. Partant de l’idée que ce qui m’intéresse peut intéresser quelqu’un d’autre. C’est une conversation factice, évidemment, puisqu’il n’y a, dans mes chroniques elles-mêmes, qu’un monologue, — mais une conversation réelle. Et je ne parle pas seulement de vos réactions en commentaires, ou en messages privés. Non, juste le fait que ces chroniques sont lues, au jour le jour. Et qu’elles sont destinées à être lues.

En fait, je sais bien qu’elles sont lues, ces chroniques. Je suis arrivé au chiffre fatidique de 5000 amis FB, je ne peux pas faire plus. Si j’augmentais, je deviendrais, je ne sais pas, une « entreprise individuelle », ou une « personnalité », ou je ne sais pas quoi, et il faudrait que je recommence tout, je crois. Et donc, non, je reste comme je suis. Peut-être que je peux changer les choses en ouvrant les commentaires à ceux qui ne sont pas mes « amis » ? — Parce que je n’ai pas que 5000 amis, j’ai aussi près de 4500 abonnés et, ce chiffre, il n’arrête pas d’augmenter, je regarde ça, et je me demande toujours comment ça se fait : mais, tous les jours, il y a de nouveaux lecteurs. Un abonné, c’est quelqu’un qui reçoit ce que j’écris sur son propre mur, c’est ça ? — Bon, vous lisez quand vous voulez, mais, ce que je sais, c’est que vous pouvez lire. Et en plus, au cours de mes rencontres dans la vie qui s’appelle réelle, il y a plein de gens qui me disent qu’ils ont lu telle chronique ou telle autre, ou que quelqu’un leur a dit qu’il avait lu et qu’ils avaient lu et qu’ils avaient dit à un autre quelqu’un qui fallait lire, ce qui fait que, combien de lecteurs j’ai, je n’en sais rien du tout, mais, sérieusement, même si premier tirage de « Partages » et de « Ombres de Chine » a été épuisé, ça fait vraiment pas mal. ¬ Et ce qui me plaît encore davantage que le nombre, c’est que, du coup, ces lecteurs sont très divers — de tous les âges, de tous les états, comme on disait dans le temps, de toutes les conditions. Et ça aussi, c’est bien. Parce que, d’une façon ou d’une autre, c’est un moyen de faire lire, un moyen, oui, vraiment, de sortir de l’entre-soi des écrivains, du monde de la littérature. Un moyen, oui, vraiment, de partage.

*

Qu’est-ce que c’est, un lieu, quand on écrit ? C’est une forme. J’ai toujours eu la nostalgie de la forme « grande », d’une espèce de globalité, d’un seul courant très large qui viendrait tout prendre dans son élan, et je pense que mon intégrale Dostoïevski venait aussi de ça, de ce rêve d’enfant d’avoir, toute sa vie, une seule chose à faire, qui serait de travailler longtemps, dans plein de directions, mais dans une seule… En fait, j’accumule les cycles : Dostoïevski, évidemment, mais aussi celui, moins visible sans doute, moins déterminable, des romantiques russes chez Babel, et celui du théâtre russe aux Solitaires Intempestifs… et la série que je commence en ce moment (j’ai parlerai bientôt). Et les « Ombres de Chine », bien sûr. Et là, ici, sur FB, qu’est-ce que c’est d’autre que ça, avec cette différence que ce lieu me permet de, non, m’oblige à passer du coq à l’âne, et qu’il accepte avec la même indifférence des poèmes très compliqués, que je comprends à peine moi-même quoique je les écrive, des traductions de toutes sortes, et des réflexions au fil du clavier, sur mon travail, sur mes souvenirs, sur mes souvenirs de souvenirs, sur notre vie à nous, au jour le jour ou presque, — avec la même, oui, indifférence, parce que, et c’est ça qui si important pour moi, le lieu en tant que tel est un lieu sans jugement, un lieu par effraction. Un lieu qui me permet d’être comme tout le monde. Parce que je ne crois pas aux « happy fews ».

Tout ça, c’est bien et, néanmoins, arrivé là, j’ai peur. Pas seulement de ne pas avoir l’énergie, je le sens bien, de tout mener de front – parce que, ce que je dois faire, je m’en dresse la liste, je suis atterré : les notes et la préface de Godounov, la fin du livre sur Hamlet, la refonte totale de ma traduction de « Holocauste », et les poèmes de Harms, et les nouvelles de Zochtchenko et surtout, surtout, surtout, la correspondance de Tchekhov et la refonte des nouvelles traduites voilà exactement trente ans…. Et je ne parle de mon projet « théâtre russe »… Non, il ne s’agit même pas de ça…

J’ai peur de m’épuiser ici. De me répéter. J’ai peur que ça devienne une routine — de perdre la fraîcheur et l’intérêt, pour moi-même, d’abord. Et donc, pour tous. Et ce n’est même pas que j’aie peur de perdre ma passion, non. Juste, je me demande comment ça pourra continuer, au fil du temps. Eh bon, je partage ça aussi… ne serait-ce que pour moi. Et je repars.

 

Une réaction au sujet de « André Markowicz »

  1. Mon coup de coeur cette fois-ci sera pour Philippe. Je veux dire Philippe Jaroussky. C’est vraiment le meilleur pour moi depuis Deller. A ne pas confondre avec Deller(ba) que nous saluons au passage.
    Dominique A écrit de belles chansons mais il devrait oeuvrer pour les autres car décidément il chante faux et sa voix sépulcrale me glace les os. Non, mais c’est vrai, il va bien falloir qu’on homme courageux se lève quitte à faire tomber son siège par mégarde et jette cette vérité à la face du monde : Dominique A est un nom usurpé. Moi je dis Dominique E car E , c’est comme 0 en maths.
    Soit dit en passant, je n’aimais pas Mouloudji pour les mêmes raisons. Bon compositeur, mais pas super fun le mec, il faut bien le dire. Quitte à déprimer, autant s’enfermer dans un caveau et écouter Joy Division en boucle. La tristesse en anglais, ça passe mieux (voir les poèmes d’Edgar Poe).
    Oh ! mais que m’arrive-t-il ? Il me prend soudain l’envie de prendre ma guitare : introduction en do mineur… c’est parti ! avant de perdre la face et de m’éteindre comme un vieux mégot, mon tout dernier regard se portera sur tes fesses où je cachais chaque nuit le plus précieux de mon magot… Je t’ai toujours aimé. Mmmmmm … ça c’est beau.

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