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Auteur : Philgido

Atelier d’hiver 2

Atelier d’hiver 2

 

Descendre l’escalier avec ma petite valise en passant devant le téléphone fixé au mur.

Traverser la courette et pousser le grand rideau métallique bruyant et lourd. Le refermer.

Suivre le trottoir et longer le grillage de la maison voisine pour aller jusqu’au carrefour.

Traverser en face, puis passer de l’autre côté de la rue.

C’est nuit, c’est froid et déjà avoir peur de la solitude de la chambrée en arrivant chez le gardien du stade.

Monter dans sa voiture, sentir l’odeur de KOOL imprégnée partout. Claquer la portière. Pas de souvenir du pourquoi cet homme.

Arrêter juste devant, sortir et pousser la grosse porte d’entrée du pensionnat. Une semaine.

Être dimanche soir, seul dans le grand dortoir aux lits de fer, veilleuse tristement badigeonnée grossièrement pour rester terne. Pleurer.

Atelier d’écriture Hiver 2016

Atelier d’écriture Hiver 2016

Je rempile pour cette deuxième période hivernale des ateliers de François Bon.

Je vous laisse aller chercher les indications et « contraintes » sur son site http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique172 et sur sa chaîne YouTube https://youtu.be/Cx1FWlufWmE

Voici mon texte.

 

En cherchant une autre maison je trouvais celle-ci ; entrer dans un rêve ; faire le tour virtuellement et déjà tomber sous le charme ; situer plus précisément sur une carte ; estimer l’éloignement du village ; des villes voisines ; découvrir que le propriétaire est une municipalité ; suis-je bête ; évidement puisque l’église lui appartient déjà ; demander davantage de photographies ; prévoir d’aller rapidement sur place ; prendre rendez-vous avec le maire ; échanger avec le secrétariat ; y aller ; prendre les clefs chez la voisine ; les fenêtres on été changées ; les portes sur l’extérieur devront l’être ; entrer par l’arrière ; par le jardin du curé ; en parler avec un vieux monsieur du hameau ; les plus jeunes des dix habitants ont soixante ans ; oh, oui, il y a beaucoup de travaux ; et puis faut voir la charpente ; les lauzes, ça coûtent ; le vide sanitaire est plein d’eau l’hiver ; faut drainer ;c’est insalubre, qu’ils ont dit ; les derniers locataires sont partis sans payer des loyers ; le maire dit que c’était pour leur rendre service ; vous savez comme sont les gens ; ouvrir les volets : c’est grand ; tout est à faire ; on peut tout faire ; imaginer les soirs d’été sous les étoiles ; silence ; lumière de l’éclairage public la nuit ; casser un mur et mettre une verrière ; faire venir les amis ; la campagne ; monter à l’étage ; grandes pièces habitables immédiatement ; on en fait dormir plein, ici ; en bas on pense juste pour nous ; grande pièce unique cuisine-salon-bureau-bibliothèque ; garder le plancher ; de l’étage aller au grenier ; la charpente est bonne ; si vous le dites ; des trous de lumière entre les lauzes ; le dégâts des eaux, c’est rien ; faites une proposition ; on reviendra ; je vous écrirai vite ; revenir l’après-midi ; faire une vidéo ; faire des photos ; en parler avec la voisine ; logements sociaux, logements de vacance pour démunis ; des gens du Nord, dix enfants ; ça marchait droit ; ils n’avaient jamais vu la campagne ; rentrer à l’hôtel ; en parler ; encourager le rêve ; revenir roder le lendemain ; la cloche sonne les heures ; on fera une proposition ; elle sera acceptée ; c’est pas cher, tellement de travaux ; la chaudière est récente ; mais l’assainissement ; garder le vieux plancher en bas ; déplacer la salle de bain ; lettre de proposition très officielle pour une offre ; conseil municipal ; validation ; confirmation ; notaire, compromis, ça va vite ; on reviendra la semaine prochaine ; tant à faire qu’on pourra tout faire ; avis divers ; conversations téléphoniques ; renseignements pris, le budget enfle ; revenir ; sur son piton, visible des collines alentour, la bâtisse est majestueuse ; beaux murs en pierre ; venir avec un architecte ; pas envie de donner son avis ; tout à faire mais tout est possible ; budget ; il s’en va ; taches au plafond ; froid ; plancher moins joli ; coût toiture à refaire ; électricité à normaliser ; plomberie défaillante ; l’étage propre mais triste ; tout est trop grand ; papier peint pendant ; chaque idée est un coût en plus ; l’indispensable mange ce que je peux y mettre ; les yeux plus gros que le ventre ; la mariée n’est plus si belle ; ne rien pouvoir suivre sur place ; tout à reprendre ; non décidément; un mauvais rêve : je n’achèterai pas le presbytère ;

 

Marcher …

Marcher …

Je n’aime rien tant que marcher. Tout simplement. Pour avoir ces dernières semaines souffert d’un genou, au point de ne pourvoir me déplacer qu’a minima, j’ai pris conscience du bonheur qu’offre cette toute simple possibilité; marcher.

Tisser sa toile…

Tisser sa toile…

Comme il est curieux, ce petit animal, en équilibre on ne sait sur quel pied, quelle patte, pour ainsi mettre en oeuvre sa toile, qu’ensuite les gouttes viennent alourdir et montrer aux yeux de tous.

Pour me voir avec elle, je lui tourne le dos …

Pour me voir avec elle, je lui tourne le dos …

Je suis tombé sur cette photo, en double page, dans Philosophie Magazine. C’est pas tant pour frimer dans le train que j’achète cette revue mais pour réfléchir, de temps en temps, à quelques concepts ou idées qui ne m’effleureraient pas l’esprit autrement. Je cherchais quelque chose de simple pour illustrer ce que je pense du battage fait, ces temps, autour des élections, les américaines et les françaises. Les unes se terminent aujourd’hui, les autres sont en cours de développement médiatique. Et cette image résume l’affaire. La satisfaction de s’immortaliser avec sa vedette, l’unicité du « moi » avec lui (ou elle, pour l’occasion). Alors, pourquoi reprocherait-on à des gens de voter pour un gars ou une fille qu’ils ont vus depuis longtemps à la télé, et en ne tenant en rien compte de se qu’ils peuvent dire ou penser. D’autant qu’ils sont aussi invités à venir faire des « confidences » sur un canapé pour se présenter comme des gens ordinaires.

Il n’y a aucun recul dans cette image, c’est la prise d’une photo de moi, au premier plan, avec l’autre, l’idole inapprochable, intouchable, surveillée et protégée de moi par quelques sbires sur les dents, posée sur sa petite estrade pour être bien vue et faciliter ainsi la prise de vue.

Ça me fout la trouille. Autant que le touriste qui se balade l’œil à son caméscope pour mieux regarder son film plus tard chez lui. Il se sera fabriqué un souvenir d’un lieu où il n’aura rien vécu.

La désespérance me guette …

 

 

Adieu Pariscope …

Adieu Pariscope …

Apprenant la nouvelle, c’est un flash d’un retour arrière immédiat qui s’est produit. Quand j’ai débuté dans la distribution des journaux, à Paris, il y avait tous les mercredis matin la parution de ce titre. Un petit format, identique à celui de son concurrent « L’officiel des spectacles », qui n’était pas très facile à mettre en pile pour faire des paquets. Il n’y avait pas de machines à cercler à ce moment, on faisait ça tout simplement avec de la ficelle. De grosses bobines, comme celle des lieuses, outils agricoles pour faire les bottes de foin et de paille. Je n’étais pas très doué, pas très manuel déjà à l’époque, et puis le papier de la couverture était bien glissant alors, quand il y en avait plus d’une vingtaine, je m’y reprenais souvent à plusieurs reprises pour confectionner un paquet.

Il ne coûtait pas grand chose, peut-être 1 franc. Bien sûr, on n’a plus besoin de ce petit format aujourd’hui puisque toutes les infos qu’il proposait sont dans nos téléphones. Mais, bon, voilà. Apprendre la disparition  de ce titre des kiosques, après d’autres et avant d’autres, c’est comme si s’annonçait vraiment le début de la fin du « papier ».

Atelier 9

Atelier 9

Voilà, sans avoir participé à tous les exercices, j’envoyais hier soir le dernier de la saison, le 9.

Je mets le texte ici, comme d’habitude, mais je vous y ajoute quelques photographies du lieu. C’est un endroit devant lequel je passe de temps en temps, et c’est le sujet de l’exercice qui m’a poussé à m’y arrêter. Je ne suis pas vraiment satisfait de ce texte, mais il y avait une date butoir, aujourd’hui !! Comme à chaque fois, ça me tourne dans la tête un bon moment et puis ça sort d’une traite et je fais avec après quelques  coups de ponçage. Là, c’est venu très difficilement, comme une vieille porte que l’humidité aurait bloquée et qu’on a du mal à s’ouvrir.

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C’est pas commun d’habiter au numéro 4868 d’une route sans nom de rue. Assez loin du premier village, mais pas isolé dans cette région où il y a des maisons un peu partout, dans laquelle les vignes sont arrachées pour faire pousser des lotissements de bicoques agglutinées les unes contre les autres, chacune bien entourée de son mur de protection, pour ne pas être vu.

Une belle grille entre deux piliers massifs, costauds, marque l’entrée d’une grande cour de chaque côté de laquelle deux maisons se font face. L’une, au crépis défraîchit tout gris a des volets bleus, l’autre, à la façade jaune les a des verts.

Je passais en voiture devant cette grille et ne voyais que très vite cet endroit visiblement fermé de longue date, car des feuilles mortes rassemblées par le vent ont fait plusieurs tas dans le fond de la cour, sous l’unique arbre au centre, qui prend presque toute la place sur la photo prise de l’autre côté de la route. J’y suis donc allé à pied pour prendre des photographies, afin d’avoir tout loisir de rêver l’endroit en l’ayant sous les yeux.

La rivière qui coule derrière la maison grise présage d’une activité passée de minoterie, et la profondeur de la cour d’entrevoir une activité avec circulations de camionnettes, ou de charrettes peut-être, car l’endroit semble délaissé depuis des années. L’arbre a pris tout l’espace disponible, le volume de son feuillage est comme une arrogance qu’il afficherait face à l’abandon du lieu, comme une fierté de résistance qu’il assumerait seul au côté des portes vermoulues et des fenêtres aux carreaux cassés.

L’inscription BUREAU sur la façade d’un appentis, encore bien lisible, laisse trace d’un commerce, lieu des transactions, livres de comptes et registres de stockage, des pesées de grains, des nombres de sacs de farines. Le ciment de toute la cour résonne encore des bruits de sabots de chevaux ferrés, de crissement des roues elles aussi cerclées de fer. Les cris pour faire avancer les bêtes.

Un lieu cinématographique, en somme. Pas besoin de reconstitution, l’endroit est dans son jus. La vie était là. Du moins les traces d’activité se sont fixées sur les poignées des grandes portes des entrepôts, ou des ateliers. Entre les fissures du sol quelques herbes ont gagné en hauteur, tranquilles qu’elles sont. Rien ne vient rouler ici.

Je n’entrerai pas, alors que le cadenas resté ouvert sur la grosse chaîne en fer m’y invite presque.

Les volets des maisons ne sont pas fermés, on voit donc les rideaux défranchis. Ce n’est pas habité, mais ce n’est pas abandonné. Une boite aux lettres toute neuve aux normes de La Poste devant l’entrée, sur la côté droit de la grille indique une renaissance possible. Vente, réfection complète des lieux, réactivation commerciale. Ça ferait un joli hôtel, ou un restaurant si la route à forte circulation n’était pas si proche. Cette proximité directe était sans doute un avantage majeur du temps des déplacements lents. Les deux gros bourgs équidistants des lieux encourageaient sans doute le commerce de l’endroit.

Les véhicules passent vite, faisant un bruit court avec un déplacement d’air désagréable, surtout lorsque ce sont des camions, et le son s’amplifie un instant par son rebond sur l’espace clôt.

Pas d’odeur, pas de parfum. Il fait sec, depuis des jours. La rivière n’apporte aucune senteur non plus. Il y avait les poussières du déchargement des grains, l’odeur tiède de la farine fraîche, les cosses des grains rendus en son qui chatouillaient le nez.

Une rénovation sacrifierait l’arbre, sans doute. Avec lui s’effaceraient les images anciennes. Sa ramure recouvre le silence. Le passé doit se cacher dans un nid abandonné, au creux d’une branche.

L’automne arrive qui le mettra au jour. Sera-t-il là au printemps prochain ?

 

Immobilité …

Immobilité …

enfant orange

 

Il n’attend pas, il a stoppé sa marche et il écoute. Les boutons d’or à ses côtés se sont figés à l’instant, il est aux aguets. Il regarde au loin, sans inquiétude, alors que l’orage monte. Il regarde vers le lointain, là-bas, comme vers un autre bord et ne pressera pas le pas en repartant. Il écartera de ses bâtons les hautes herbes vertes, mouillées et froides, mélangées aux fleurs des champs, pour éviter de tremper son pull. Il doit faire un peu frais. Tout est face à lui, des chemins sont au loin qu’il lui faudra prendre. Des grillons, d’autres insectes crépitent encore avant la pluie mais les sons se trouvent atténués par l’humidité diffusée de la prairie, comme une sourdine naturelle. Il est au centre, il n’a pas décidé par où il repartira, il est à la croisée des chemins.

Photo Julien Coquentin, « Saisons noires ». très mauvaise qualité de ma reproduction …

 

 

Mouvement …

Mouvement …

Ce n’est pas le geste d’une chorégraphie et pourtant il ne semble pas naturel. Le plongeur, avant de se jeter à l’eau, prend son élan un peu de cette façon, s’appuyant fermement sur ses jambes, et de ses bras étirés derrière son dos, ensembles, symétriques, va s’élancer en les propulsant vers l’avant.

Il n’y a là pourtant aucune précipitation, aucune énergie vive, pas d’effort. C’est naturellement que les bras vont reprendre leur rôle de balancier pour accompagner la marche. Les hautes herbes ne freineront pas son pas décidé. Il connaît chaque endroit du pré. Il sait où il va, sans hasard.

La colline au loin est sombre, figée comme une limite, où donc est passé l’horizon. Il s’y avance sans tenter de l’atteindre, le temps ne presse pas, l’autre côté ne l’intéresse pas.

Il doit faire chaud, il n’est pas d’ombre. L’air est sec, les bruits craquants et le frottement du caoutchouc des bottes imite mollement le bruit le la faux, qu’il maniait si bien.

Il arpente, il sillonne le pré, il va sans but mais ne se promène pas. Il observe, il mesure, n’ira pas jusqu’au fond du champ, n’y va plus.IMGP7539

 

Photo Julien Coquentin « Saisons Noires »

De retour, deux images qui restent, là …

De retour, deux images qui restent, là …

Abruptement, en fouillant vite fait dans le stock de photos, mises dans un bric à brac habituel, promis d’être ordonné, classé, trié, mais qui restera très vraisemblablement en vrac comme tous les autres, je tire deux images.

Elles représentent deux moments aimables de la quinzaine de pérégrinations.

Voici les « bocalées » de la Tantine, pour la fin du repas champêtre. (Photo Didier)

cofEt une des affiches vues à La Roche sur Yon où nous avons fait escale pour les trois expos de Julien Coquentin. Artiste si tendre, si doux, si fort.

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